Il ne faut pas vieillir
- kersual aurelie

- il y a 42 minutes
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Cette phrase, je l’entends presque chaque intervention à l'EHPAD. Elle résonne dans les couloirs, dans les chambres, dans les silences aussi. Elle n’est pas toujours dite avec colère. Parfois avec résignation, parfois avec tristesse, parfois même avec une pointe d’humour.
Mais derrière ces mots, il y a une réalité profonde : celle de la souffrance liée au grand âge.
Vieillir, ce n’est pas seulement accumuler des années. C’est traverser une succession de pertes.
C’est d’abord un changement de place dans la société et dans la famille. Ceux qui étaient autrefois piliers, décideurs, chefs de famille, deviennent peu à peu dépendants. Ils doivent demander ce qu’ils donnaient autrefois sans compter. Accepter de ne plus maîtriser. Accepter que d’autres choisissent pour eux.
C’est aussi le bouleversement du lieu de vie. Quitter une maison remplie de souvenirs, parfois une vie entière, pour un espace plus petit, plus fonctionnel, mais souvent moins personnel. Chaque objet laissé derrière soi est une part d’histoire qu’on abandonne. Chaque mur nouveau rappelle que rien n’est plus comme avant.
Avec le temps, les rôles s’inversent. Les enfants deviennent ceux qui décident, organisent, surveillent. Et parfois, sans s’en rendre compte, ils infantiliseront leurs parents. Les intentions sont souvent bonnes, mais les mots, les gestes, les attitudes peuvent blesser. Être âgé ne signifie pas être incapable de penser, de ressentir, de choisir.
À cela s’ajoute un monde qui change trop vite. La technologie, omniprésente, remplace peu à peu les interactions humaines. Les écrans prennent la place des regards. Les messages remplacent les visites. Et pour beaucoup de personnes âgées, ce langage numérique est étranger. Il creuse un peu plus le sentiment d’exclusion et d’isolement.
Le fossé générationnel se creuse également. Les valeurs, les rythmes de vie, les priorités ne sont plus les mêmes. Ce qui faisait sens hier semble parfois incompris aujourd’hui. Il devient difficile de trouver sa place dans un monde qui ne nous ressemble plus.
Puis il y a l’entrée en EHPAD. Un lieu souvent nécessaire, rassurant sur le plan de la sécurité, de la santé, de l’accompagnement. Mais un lieu qui peut aussi être vécu comme une rupture. Une étape marquée par le sentiment d’abandon, de perte d’utilité, de solitude.
Paradoxalement, une fois la personne installée, les visites peuvent se faire plus rares. Comme si le fait de savoir son proche « en sécurité » suffisait. Pourtant, le besoin de présence, de chaleur humaine, de lien, reste intact. Peut-être même devient-il plus fort encore.
Car au fond, ce qui fait le plus souffrir, ce n’est pas seulement de vieillir. C’est de ne plus se sentir regardé, écouté, reconnu.
Vieillir, ce n’est pas disparaître. Ce n’est pas devenir invisible. Derrière chaque ride, chaque silence, chaque plainte, il y a une vie entière, une histoire riche, des émotions toujours présentes.
Alors non, peut-être que vieillir n’est pas facile. Mais ce qui ne devrait jamais arriver, c’est vieillir seul, ignoré, ou réduit à une perte d’autonomie.
Redonner une place, une voix, une dignité à nos aînés, c’est aussi interroger notre propre humanité.
Parce qu’un jour, ce « il ne faut pas vieillir » pourrait devenir notre propre murmure.
Mme KERSUAL Aurélie, Praticienne en Sophrologie & Hypnose, Essonne (91).




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